11/07/16
Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen au Théâtre de La Coupole à Saint-Louis, 10 février à 20h30
Nora ou la révolte d’une femme

Critique > Guy Duplat, La Libre (Belgique)

"Une maison de poupée" d’Ibsen, dans la mise en scène de Thibaut Wenger au National, reste une formidable pièce féministe.

On dit que c’est influencé par sa femme et par les écrits du philosophe anglais John Stuart Mill qu’Ibsen écrivit en 1879, il y a 137 ans (!), « Une maison de poupée ». Formidable pièce, sommet absolu du théâtre psychologique, sans cesse jouée et qui garde encore toute sa force subversive comme le démontre au Théâtre national la création de Thibaut Wenger.

Bien sûr, il est audacieux de s’y attaquer après l’inoubliable « Nora (Maison de poupée) » de Thomas Ostermeier présenté à Avignon en 2004 avec la merveilleuse Anne Tismer dans le rôle principal. Mais Thibaut Wenger a bien fait d’affronter ce monument et sa création n’a pas à rougir face à celle d’Ostermeier.


On connaît l’argument. Nora, épouse d’un banquier, mère de deux enfants, est confinée par son mari et par la société dans un rôle de « poupée Barbie », un peu sotte, juste préoccupée par « faire ses courses ». Par amour pour son mari, elle commet alors secrètement un faux pour trouver l’argent nécessaire pour le sauver quand il était très malade. Quand celui-ci, plus tard, le découvrira, sa colère éclate, égoïste. Il craint pour sa réputation. Nora brusquement est frappée par la révélation comme Paul sur le chemin de Damas. Elle n’a été qu’un jouet pour son mari et n’existe pas. «Ma vie, c'était une suite de pirouettes que je faisais pour te plaire», lui lance-t-elle.

«Voilà huit ans que nous sommes mariés et c'est la première fois que nous allons parler sérieusement.» - Nora

L’affaire a beau se régler par miracle, c’est trop tard, Nora a compris qu’elle ne pourra devenir elle-même qu’en quittant ce foyer aliénant où elle n’est qu’un pantin et elle abandonne mari et enfants. Chez Ostermeier, elle tuait son mari.

Un scandale

A l’époque d’Ibsen, la pièce fit scandale. Sur certaines portes d’Oslo, un panneau disait « Ici on ne parle pas de Nora » pour éviter des débats sanglants. La pièce fut longtemps interdite dans les pays protestants, à cause du « crime » d’une mère abandonnant ses enfants.

Le miracle est que, jouée encore aujourd’hui, la pièce nous parle tant, évoquant la servitude de l’argent (le banquier, les courses), la peur de la chute, le machisme ordinaire dans le huis clos des couples, l’émancipation des femmes sans cesse freinée par les contingences domestiques.


Thibaut Wenger (qui signait naguère aux Martyrs un captivant "Combat de nègre et de chiens" de Koltès) en donne une version classique mais contemporaine, au plus près des spectateurs, avec juste une touche farfelue chez la bonne. Avec de bons acteurs, il réussit à donner à ce drame de 2h15 une tension croissante et constante, presque oppressante. Tout le défi de monter cet Ibsen est de créer ce climat.

L’autre enjeu essentiel tient au rôle de Nora. Le metteur en scène a choisi Berdine Nusselder, d’origine hollandaise, blonde, jeune, qui, avec son accent, rappelle inévitablement Anne Tismer. Redoutable comparaison, mais elle y résiste bien. Si au départ, son jeu de « Poupée » hystérique semble excessif, elle acquiert peu à peu cette profondeur, cette tension interne. Et on partage entièrement sa révolte dans un final aussi dramatique que bouleversant.
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UNE MAISON DE POUPéE

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