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Saison 26-27

Le calendrier est en ligne!

C’est la fête, Magali Mougel / Thibaut Wenger

15-26.09.26 au Théâtre Océan nord à Bruxelles; 8-9.10.26 à La Filature, scène nationale de Mulhouse; 13.10.26 à La Coupole, Théâtre de St-Louis; 15-16.10.26 à La Comédie de Colmar CDN Alsace Grand Est - Salle Europe; 4-6.11.26 à Nuithonie/Equilibre à Fribourg

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Ateliers d’écriture intergénérationnels dans l’agglomération mulhousienne animés par Magali Mougel, en collaboration avec Nina Blanc et Thibaut Wenger pour les mises en voix.

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C'est la fête

Magali Mougel

© Mélanie Wenger et Atelier Poste 4

C’est la fête retrace l’histoire de Denys et de sa mère, Elie. Tout commence par l’annonce d’une fête familiale organisée autour du grand-père, ancien boucher, désormais malade. Cette invitation réveille chez Elie un passé traumatique, marqué par une violence familiale sourde, une enfance sans légèreté ni fêtes, dominée par l’autorité paternelle, le travail forcé, les banquets sans joie, puis la mort de sa mère et l’arrivée de Réjane, infirmière devenue compagne de son père. Ce patriarche vieillissant fait écho au Roi Lear de Shakespeare : un homme qui confond don, pouvoir et amour, et dont la transmission devient une épreuve de loyauté. C’est la fête interroge ce que la dette fait aux corps, aux filiations et aux générations, et tente d’ouvrir un espace où se penser autrement que sous le régime du dû.

Durée 1h25

écriture Magali Mougel

mise en scène Thibaut Wenger

jeu Philippe Annoni, Nina Blanc, Lena Dia, Thierry Hellin, Geneviève Pasquier, Martin Villemonteix, Joséphine de Weck 

scénographie et costumes Maude Bovey, Claire Schirck

musique, sons et vidéo Thomas Caillou, Mali Arun, Geoffrey Sorgius

lumières Ijjou Ahoudig

assistanat mise en scène et dramaturgie Mahi Hadjammar, Emilie Maréchal

stagiaire scénographie Telma Duhau

stagiaire mise en scène Selma Robert

construction Le Râtelier, Le Pôle de mutualisation de services et ressources techniques

régie plateau Akram Zoubeir

administration Opus 89 Laetitia Albinati – Minuit pile

administration Premiers Actes Patrice Bonnafoux

 

Production Premiers actes & Opus 89

 

Coproduction Equilibre-Nuithonie-Fribourg ; La Filature, scène nationale de Mulhouse ; Comédie de Colmar, CDN Grand Est Alsace ; Espace 110 – Centre Culturel d’Illzach · Scène conventionnée d’intérêt national « art et création » ; Théâtre La Coupole, Saint-Louis ; Théâtre Océan Nord, Bruxelles ; Le Centre des arts scéniques (Belgique) ; La Coop ; Shelter Prod. 

 

Soutiens DRAC Grand Est ; Région Grand Est ; État de Fribourg ; Collectivité européenne d’Alsace ; Loterie Romande ; Corodis ; Fondation Jan Michalski; Fondation Philantropique Famille Sandoz; Sodalitas; Fondation Vincent Merkle ; Fondation Anne-Marie Schindler; taxshelter.be, ING, Tax Shelter du Gouvernement Fédéral Belge, COCOF ; ADAMI ; SPEDIDAM ; Fonds SACD Théâtre. 

 

Accueil en résidence Théâtre du Peuple Maurice Pottecher à Bussang, Nuithonie/Equilibre à Fribourg et La Filature, scène nationale de Mulhouse dans le cadre du programme de coopération Région Grand Est - Etat de Fribourg.

Mélanie Wenger
© Mélanie Wenger

Combien crois-tu que tu doives à tes parents ? Aurore Vaucelle, La Libre Belgique****

“J’ai beaucoup d’affection pour toi mais”… La phrase est simple; elle pourrait paraître, même, anodine au regard de tout ce qui s’échangera sur la scène du théâtre Océan Nord. Elle souligne, cependant selon nous, dans cette objection qui naît du “MAIS”, que les sentiments sont opposables à autre chose… Et que l’amour prétendument inconditionnel dans la famille est une grande farce répétée à qui veut y croire.

La famille d’Elie (Lena Dia), telle que décrite par Magali Mougel et mise en scène par Thibaut Wenger, dysfonctionne dans les grandes largeurs. Évidemment que les enfants doivent tout au patriarche (un boucher, vicieux et incestuel, Thierry Hellin, qui fiche la trouille) ! Les sœurs d’Elie (Joséphine de Weck et Nina Blanc) ont sombré dans l’emprise, la mère est morte (plus de barrière morale) et la belle-mère, Réjane (Geneviève Pasquier) n’est pas “moins pire” que celle de Cendrillon. Enfin si, elle fait semblant d’être compréhensive.

Apparemment, Elie, le mouton noir, n’aurait pas capté “tout ce qu’on avait fait pour elle”, elle est tellement “égoïste”. “Papa crève et tu viens même pas à sa fête d’adieu !”. Mais, à ce banquet auquel Elie est invitée, elle craint surtout d’être la bête sacrifiée; c’est déjà arrivé par le passé. Enfin, elle tient son gamin, le jeune et si lucide Denys (Philippe Annoni), pas sûr qu’Elie ait envie de lui transmettre cet héritage, coûteux à gérer. Martin Villemonteix, en fils de la marâtre, tiendra ce rôle impossible, de vouloir encore croire que ça pourrait finir bien…

Une fête pour cacher la misère

C’est comme si Magali Mougel avait envie d’en découdre avec cette idée de ce qu’on doit à ses parents, à sa famille. Elle explique dans sa note d’intention que, lors d’un atelier en école professionnelle au Mans, elle est interpellée par un élément de langage redondant chez les étudiants : “J’ai une dette envers mes parents”. “On pourrait se dire, poursuit Magali Mougel, que ces gamines ont conscience du poids économique qu’elles font peser sur leurs parents… Comme si chaque famille faisait don de tout à ces enfants ?”

Mais parce que l’autrice ne pouvait répondre seule à cette question, elle a entrepris une série d’entretiens. Avec des courtiers, des gestionnaires de patrimoine, des parents, des psychanalystes… “Car, aujourd’hui, ce terme de dette est omniprésent dans les discours politique et économique”. Pourrions-nous réellement inventer des relations échappant au poids de la dette, interroge Magali Mougel.

La mise en scène, traversée par une vieille Volvo, nous rappelle qu’on se traîne parfois les casseroles du passé. Quant au dispositif scénique, il fera plus d’une fois s’entrechoquer les générations, au présent et au passé. Ça grésille mais jamais plus la bande-son ne recouvrira la voix de ceux qui avaient été silenciés.

Résidence de médiation littéraire

Nous avons invité Magali Mougel à animer un atelier d’écriture intergénérationnel dans l’agglomération mulhousienne autour des questions qui traversent cette création. Extraits publiés dans la revue Novo à télécharger ci-dessous!

Soutiens : La Filature, Espace 110, DRAC et Région Grand Est, CNL.

Une envie de faire table rase de tout ce qu’on a accepté par le passé : entretien avec Thibaut Wenger par Laurent Ancion pour le Journal du Théâtre Océan nord

Que celui ou celle qui n’a jamais frémi à la perspective d’un repas de famille jette la première bûche à l’équipe de « C’est la fête ». Comment se fait-il que les rendez-vous familiaux obligatoires catalysent si souvent nos peurs et nos rancœurs ? L’autrice Magali Mougel et le metteur en scène Thibaut Wenger apportent ensemble une réponse sensible, inscrite dans une fable contemporaine. Sous son titre à tout le moins ironique, « C’est la fête » nous convie à un grand déballage et nous invite à réfléchir à ce que nous pourrions faire pour refuser les héritages délétères, forgés dans les abus et les non-dits. La pièce nous dévoile trois générations qu’un secret traverse et blesse, comme un épieu planté à travers les corps. Il y a le grand-père, sa fille Élie (et ses deux sœurs), son petit-fils Denys, une infirmière devenue sa compagne… et le silence entourant des faits incestueux. La maladie du grand-père inspire une dernière fête, comme un adieu, mais sa fille Élie refuse de se prêter au jeu.

Toute ressemblance avec « Le Roi Lear » n’est pas fortuite. À l’invitation de Thibaut Wenger, la pièce de Shakespeare agit comme un « palimpseste » pour l’écriture de Magali Mougel. Le Roi Lear met l’amour de ses filles à l’épreuve, comme si tout héritage était lié au principe du don et de la dette. Ces questions traversent « C’est la fête », en y ajoutant un espoir : « La pièce est une invitation à sortir des interdépendances qui nous minent », nous explique Thibaut Wenger, en pleine préparation de cette création qui mêle les générations d’actrices et d’acteurs.

Laurent Ancion – Magali Mougel, autrice de « C’est la fête », raconte que ce projet est né d’une phrase entendue lors d’un atelier mené avec des élèves en formation professionnelle. « Je me sens redevable, j’ai une dette envers mes parents », lui a dit un jeune homme. En quoi cette phrase est-elle devenue le moteur du spectacle ?

Thibaut Wenger – Cette phrase a déclenché chez Magali le désir de mener une enquête documentaire sur le principe de dette dans la vie de tous les jours. En quoi les notions de « don » et de « dette » structurent-elles les rapports entre générations ? Après avoir interrogé les ados, elle a rencontré leurs parents. Puis elle a dialogué avec des sociologues, des professionnels spécialisés dans la transmission de patrimoine (comme des fiscalistes), des leaders syndicaux qui transmettaient leur mandat à des plus jeunes, un prêtre, un imam… Sur le plan théologique par exemple, dans de nombreuses religions, tout est lié à une dette que le croyant n’arrivera jamais à rembourser, comme le « don du Fils » dans la foi chrétienne. Sur le plan économique, la dette est le principe de base de nos sociétés dites de croissance. Magali a donc rassemblé un matériel important, mais elle se demandait ce qu’elle pouvait en faire. Elle ne voulait pas en faire une conférence.

De mon côté, je tournais autour du « Roi Lear », mais je savais que je ne pourrais pas le monter, faute de moyens. Or, la question centrale de la pièce de Shakespeare est précisément un don qui déclenche une dette impossible à rembourser : Lear décide de partager son royaume en trois parts égales. Pour « mériter » cet héritage, chacune de ses trois filles doit lui déclarer son amour, au fil d’une sorte de concours de piété. Les deux aînées se prêtent au jeu imposé par leur père. Mais la cadette, Cordélie, s’y refuse. Dans un geste de colère, Lear la déshérite, alors qu’elle était sa préférée. La pièce traite notamment d’une confusion : si je fais un don, alors je vais recevoir quelque chose. Mais ce n’est pas la nature du don !

J’ai donc proposé à Magali de travailler à partir du « Roi Lear »… et je lui ai dit que je mettrais la pièce en scène. Nos deux blocages se sont rencontrés !

L.A. – Qu’a précisément apporté « Lear » à tout le matériel documentaire qu’avait constitué Magali ?

T.W. – Ça ramenait de la fiction, des personnages et des rapports entre eux. Le texte de « C’est la fête » est un point de rencontre – et de frottement aussi – entre les enquêtes documentaires et les personnages de Shakespeare. Le propos est nourri par les deux sources ! Magali explique que « Le Roi Lear » est devenu une sorte de palimpseste sur lequel s’écrit la pièce : elle en garde les tensions, mais construit quelque chose de totalement neuf.

L.A. – « C’est la fête » nous confronte avec un grand-père en fin de vie, pour qui s’organise une sorte de fête d’adieu. L’une de ses filles, Élie – dont le prénom élidé rappelle celui de Cordélie – refuse de se prêter au jeu. Son fils, Denys, va peu à peu comprendre la violence d’un secret jusque-là bien gardé. Comment se découpe ce récit ?

T.W. – Le moteur du récit, c’est Denys, qui va découvrir l’histoire par fragments. En partant de cette situation théâtrale, les personnages vont rejouer des scènes du passé. La scène est un espace de souvenirs, de fragments, d’allers-retours qui peuvent subir des variations. Mais une certitude se dégage : la question de l’inceste. Élie a subi des abus. Cette certitude s’impose à Denys, par la colère qui anime sa mère, par le fait qu’elle ait voulu couper les ponts avec son père. C’est ce chemin de compréhension qu’on suit, à travers un texte riche en temporalités plurielles. On part de l’âge de l’acteur qui joue Denys aujourd’hui – environ 30 ans – et on remonte, par bribes, à ce qui s’est passé avant sa naissance.

L.A. – Avec « C’est la fête », avez-vous envie de faire bouger nos blocages, de nous ouvrir les yeux sur les héritages parfois délétères qu’on accepte ?

T.W. – Oui, il y a certainement une colère comme ligne de fond. Une envie de faire table rase de tout ce qu’on a accepté par le passé. Pour Denys, les questions sont simples – en apparence : « Est-ce que je vais aussi hériter de la violence ? Comment vais-je agir pour être un autre homme que mon grand-père ? » Dans l’absurdité des jours, ces questions ne s’impriment pas toujours en nous, alors qu’elles nous forgent. Quand tout à coup le franc tombe, c’est saisissant.

L.A. – Pour toi, quelle est la force du théâtre comme lieu de soin, comme espace où peut-être penser nos blessures ?

T.W. – Par le simple fait de prendre du temps, de s’arrêter pour construire un récit divergent, le théâtre peut nous aider à réfléchir à nos héritages. Le refus d’Élie de participer à ce rituel forge le mouvement secret de la pièce : à partir du moment où l’on sort de ces rapports forcés, il y a quelque chose qui s’ouvre – et qui peut être utile à toutes les générations. Le jeune personnage de Denys éclaire un chemin possible. La pièce est une invitation à sortir des interdépendances qui nous minent.

L.A. – Ces rapports sont-ils universels ?

T.W. – Certainement. Parce qu’ils ne font pas seulement appel à une transmission d’un patrimoine – une maison, un terrain. Ils cristallisent tout ce qui n’arrive pas à se dire, toute la culpabilité, les échecs, les frustrations ou les errances des générations qui nous ont précédé·e·s. Ce qui m’impressionne tout particulièrement dans le texte de Magali, c’est le point auquel le non-dit vient tout contaminer.

L.A. – Comme metteur en scène, tu nous avais habitué jusqu’ici à un théâtre dit de répertoire – Ibsen, Tchekhov, Marivaux, Koltès, Kleist… Cette fois, la pièce s’écrit en même temps que tu la mets en scène ! Comment vis-tu ce nouveau lien au texte ?

T.W. – C’est désarçonnant, je l’avoue ! D’habitude en effet, je choisis un texte préexistant parce que je « l’entends ». J’ai des images qui se forment dans ma tête et je vois comment dialoguer avec les mots qui m’ont précédé. Ici, mon propre point de vue n’est plus le moteur déterminant. Ça me déplace. En outre, Magali opère un virage dans son écriture, déjà amorcé avec sa pièce « Lichen » : la disparition du dialogue. Ça m’oblige à aller à un endroit où je n’aurais jamais osé aller tout seul ! Le propos se tisse dans une zone grise, entre les mots. C’est une écriture du vertige, très fine, qui donne une force incroyable au propos.