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Détester tout le monde

À Avignon ! 15 représentations à Présence Pasteur dans le cadre de la sélection Grand Est.

Pan!

De Marius von Mayenburg, notre dernière production créée en pleine pandémie au Théâtre Varia à Bruxelles, est désormais disponible en captation!

Un Ennemi du peuple

En résidence de création à Nuithonie/Equilibre à Fribourg (CH) du 13 au 30 juin 2022. Premières en mars 2023 à Châtillon, Bruxelles, Fribourg, Illzach, Chaumont, Metz…

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Platonov

Anton Tchekhov

© Michel Boermans

Monter le brouillon Platonov est une aventure. Avec une bande de jeunes acteurs, nous jouons avec cette matrice monstrueuse, lue au prisme d’inquiétudes contemporaines. C’est un formidable mobile pour le jeu, qui attrape la vie dans un rapport à la fois sensible et facétieux, passionné et désinvolte. Entre Feydeau sous acide et Don Juan triste.

Avec
Fabien Magry,
Marie Luçon,
Tristan Schotte,
Nathanaëlle Vandermissen,
Joséphine de Weck,
Mathieu Besnard,
Nicolas Patouraux,
Marcel Delval,
Emilie Maréchal,
Emile Falk-Blin,
Laetitia Yalon
(ou Nina Blanc/Pauline Gilet)

 

Scénographie
Boris Dambly

 

Costumes
Raffaëlle Bloch

 

Lumières
Matthieu Ferry

 

Sons
Geoffrey Sorgius

 

Mise en scène
Thibaut Wenger

 

Coproduction
Premiers actes et Théâtre Océan nord, Bruxelles

 

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

L’Humanité, Gérald Rossi, 22 juillet 2015

Transposée dans un présent indéfini, la pièce, décrite comme brouillonne parfois, et pierre d’échec de bien des productions, atteint ici un sommet de lumière. Dans la bonne humeur, la violence, les déchirements charnels, le rêve, le spectateur n’en perd pas une miette, un souffle, une virgule. Et passé le milieu de la nuit, chacun, calé dans son mauvais fauteuil dont l’inconfort est oublié, partage, la bouche sèche, la fièvre du plateau.

David Simon Théâtrorama

Le metteur en scène Thibaut Wenger réussit un tour de force : faire du texte de Tchekhov, un spectacle générationnel où les maux, souffrances et interrogations existentielles semblent similaires à toute une jeunesse actuelle. Le travail des comédiens (tous excellents sans exception) donne cette troublante impression d’avoir affaire à des jeunes hommes et femmes d’aujourd’hui. La mise en scène, énergique, joue avec le chevauchement des dialogues, particulièrement incisifs, installe les corps dans un mouvement permanent d’une incroyable vitalité, et crée une caustique mise en abyme.

Un final excessif et déjanté achève de donner l’image d’un monde déstructuré, miroir d’une jeunesse désenchantée, dont l’absence de repères provoque la perte.

Catherine Makereel, Le Soir. Le 24.03.15.

Il y a dans cette pièce de jeunesse – Tchékhov a écrit Platonov à 18 ans – une fougue échevelée qui se déverse ici avec une sève éblouissante (…). Pas de chichi dans les costumes ou les décors : quelques plantes ébouriffées évoquent la steppe et quelques bureaux d’écolier convoquent le microcosme de notre Platonov, brouillon de génie devenu maître d’école par nonchalance. Même l’éclairage est crû, affectionnant la semi-clarté pour déployer l’histoire d’un naufrage annoncé et rehausser la lumière noire qu’irradient les personnages.

Celle de Platonov d’abord, séducteur insatiable, ne vivant que pour l’instant présent, aimant toutes les femmes sans se satisfaire d’une seule, et certainement pas de sa « petite paysanne » d’épouse. Fabien Magry est brillant dans la peau de cet homme autodestructeur, tantôt flamboyant, tantôt pathétique de lâcheté, torturé par ses désirs contradictoires. Toutes les femmes tombent dans ses bras, à commencer par la veuve du Général, aristocrate à la tête d’un domaine en faillite. Emilie Maréchal est cette femme ivre d’amour, bourgeoise oisive, marionnettiste de ce petit monde en décomposition.

Le reste de la distribution porte la même ferveur, indolente ou désespérée, navigant d’histoires d’amour en histoires d’argent, d’envie d’ailleurs en envies d’alcool, de légèreté forcée en crise de nerfs. Tout est, dans le jeu des comédiens, d’une alchimie étonnante, qui pare ce microcosme agonisant de tendresse ou de drôlerie.

Conversation autour de Platonov entre Thibaut Wenger et Alain Cofino Gomez, Journal du Théâtre Océan nord.

ALAIN COFINO GOMEZ : Cela fait maintenant un an que nous nous sommes rencontrés autour de la création de Wozzeck au Théâtre Océan Nord, que s’est-il passé pour toi pendant ce temps ?

THIBAUT WENGER – Au final, ce fut une année un peu difficile du côté de la production. Le groupe, informel et variable depuis 2008, que nous formons à l’origine de mes précédentes créations a été confronté à des choix difficiles. Un gros projet a été abandonné et nous avons fini par nous concentrer sur « Platonov », un travail que nous menions depuis un an sous forme d’ateliers ponctuels. C’est pour le coup un projet sur lequel nous avançons dans des conditions plus que fragiles.

ALAIN COFINO GOMEZ Qu’est-ce que cela signifie de travailler dans ce genre de conditions ?

THIBAUT WENGER – « Comment faire du théâtre sans argent ? » devient une réflexion concrète pour beaucoup, actuellement. Cela change les rapports à l’intérieur du projet, le consensus entre les individus du groupe qui portent le projet n’est pas le même que lorsqu’il y a contrat. La responsabilité du projet est commune.

ALAIN COFINO GOMEZ Pour en revenir aux origines, dites-moi comment vous avez rencontré le texte de Tchékhov et comment est né votre désir de l’amener à la scène ?

THIBAUT WENGER – Je ne connais pas très bien Tchékhov, j’ai plutôt été plongé dans les univers d’auteurs allemands jusqu’ici. Au début, je croyais que ce texte parlait d’un rapport générationnel. C’était mon point d’entrée dans la matière. Je voyais dans Platonov le tableau dejeunes gens qui arrivaient après une génération de liberté et qui devaient se débrouiller avec les restes de la fête. Maintenant, je me rends bien compte qu’il s’agit d’une toute petite partie de l’œuvre qui est beaucoup plus vaste, nous nous sommes retrouvés face à une somme énorme.

ALAIN COFINO GOMEZ Comment définir cette « somme », le texte ?

THIBAUT WENGER – C’est une matrice de tout ce que Tchékhov écrira par la suite. Après avoir travaillé sur Woyzeck, cela m’intéresse de continuer à travailler sur la question d’un « brouillon de théâtre », un processus d’écriture qui émerge. C’est une matière en travail, avec des scènes très jouantes qui sont suivies de moments d’errements où on sent l’auteur qui cherche et offre plusieurs propositions ou encore creuse la matière.

ALAIN COFINO GOMEZ Se pose donc la question du choix ou de la volonté d’assumer tout le texte.

THIBAUT WENGER – En fait, je pense qu’on ne peut pas s’engager sur toute la matière parce que … parce que c’est beaucoup trop long. Là, à la lecture cela prend sept heures trente. J’ai donc préféré miser sur les scènes dans lesquelles on perçoit un souffle de jeu, et laisser de côté les moments plus biographiques des personnages. Il y a des scènes que je trouve magnifiques, notamment des scènes de couples parmi les plus belles que j’ai lues jusqu’ici. Des scènes aussi complexes écrites à dix-neuf ou vingt ans c’est étonnant… c’est ce qui me plaît également, ce rapport encore jeune au désir ou à la liberté comportementale. Il écrit des personnages qui ont une liberté d’action impensable maintenant.

ALAIN COFINO GOMEZ C’est une chose qu’il faut réquisitionner, cette émancipation des comportements ?

THIBAUT WENGER – Je ne sais pas. Lorsque j’étais adolescent, j’ai passé pas mal de temps dans une maison avec des musiciens, en Alsace. L’un deux s’était retiré du monde et avait un discours de défaite sur la vie en société. Cela avait quelque chose de révoltant. J’ai un peu l’impression que nous sommes dans ce rapport-là, une génération qui arrive après une grande fête et à qui on dit « c’est plus la peine ». Que fait-on de ce lendemain difficile ? Je ne sais pas si je parle du texte là. Sans doute en partie. Je ne suis pas dans une approche orthodoxe, ce qui m’anime tient dans la tentative de faire se rencontrer un texte et une distribution.

ALAIN COFINO GOMEZ Comment se déroule cette rencontre ?

THIBAUT WENGER – D’une manière générale, je ne suis pas un metteur en scène qui a des « idées ». C’est quelque chose que je vais même jusqu’à revendiquer. En fait, nous partons des résistances du texte et nous tentons de voir où elles nous mènent.

ALAIN COFINO GOMEZ – C’est une pratique scénique chronophage.

THIBAUT WENGER – Le temps me manque toujours. Mais des lignes dramaturgiques finissent par apparaître. Et la distribution amène de nouvelles perspectives. Par exemple, le personnage de Platonov est très loin de la figure de l’antihéros romantique.

ALAIN COFINO GOMEZ – Quel mode de jeu se dessine au travers des premières répétitions ?

THIBAUT WENGER – Ce qui se dessine… ce sont des choses très premier degré. C’est-à-dire, une recherche de la sincérité dans le moment du jeu. C’est bien entendu une sincérité qui est à mi-chemin entre celle de l’acteur et celle du personnage.

ALAIN COFINO GOMEZ – Comment parvient-on à cet état ? Comment approcher cette qualité d’authenticité ?

THIBAUT WENGER – C’est différent en fonction de chaque acteur. Chacun se cache à sa façon pour ne pas « y aller ». C’est un endroit qui demande un effort quotidien. Parce que ce n’est pas un endroit stable, il est chaque jour différent à l’image de notre relation aux autres ou au monde qui est sans cesse en mouvement. Cela demande à l’acteur de ne jamais reproduire et donc de toujours produire. Tu ne capitalises pas beaucoup à ce jeu-là. C’est épuisant, cela demande de réinventer sans cesse. Alors, comment on arrive à ça sur le plateau ? … on ne lâche rien, on reprend jusqu’à reconnaître une adresse à l’autre qui se fait dans l’instant, dans la sincérité et on tire le fil…

ALAIN COFINO GOMEZ – Quel est le rapport que tu veux entretenir avec le public ?

THIBAUT WENGER – Il y a en permanence une confession qui lui est faite, les personnages s’adressent au public, se défendent, se montrent comme des victimes, argumentent, se justifient… ils passent un temps considérable à expliquer leur inaction et il me semble que le public qui reçoit tout cela participe à la justification de la faiblesse des personnages. Parce qu’au fond, Platonov, ce texte, c’est une histoire de faibles, une histoire de passions qui ne s’assument pas. C’est une nuit un peu folle où tout semble possible et son lendemain un peu triste où les promesses ne sont pas tenues, où l’on ne se montre pas la hauteur.

ALAIN COFINO GOMEZ – Ça raconte quelque chose de notre époque ?

THIBAUT WENGER – … oui, je crois.