UNE MAISON DE POUPéE
Henrik Ibsen
mise en scène Thibaut Wenger
création au Théâtre National, Bruxelles en décembre 2016
Une Maison de poupée, du dramaturge norvégien Henrik Ibsen (1828-1906), est un véritable brûlot qui, dans le 19ème siècle puritain, défraya franchement la chronique. Au travers de ce drame petit bourgeois, celui qui se décrivait comme un « arnarchiste aristocrate », aborde avec une cruelle lucidité les relations hommes-femmes sur fond de société marchande où le mensonge règne à l’envi.
Dans ce fascinant huis clos se croisent une galerie de personnages tour à tour bavards, mystérieux, drôles et repoussants : une femme-enfant plongée sans cesse dans la duperie et le double-jeu, un médecin secret et solitaire, un escroc ruiné que l’amour peut guérir, un jeune loup sûr de lui, une femme cabossée et opportuniste…
Dans cette adaptation très contemporaine, le jeune metteur en scène Thibaut Wenger propose un théâtre frontal et percutant, en prise directe avec le réel, à mi-chemin entre la comédie et l’ironie, laissant toutefois au spectateur la liberté d’interpréter les métaphores, les secrets et les silences qui ponctuent ça et là son propos.
Dans cette Maison de poupée, Nora rêve d’ascension sociale, mais elle a peur de tout perdre.
Elle est confrontée à la violence, aux mensonges, à la mesquinerie et à l’obscénité. Et, autour d’elle, on y découvre une société tellement proche de la nôtre où, rappelle le metteur en scène, « l’argent contamine toutes les relations jusque dans les sphères intimes ».
Avec, en toile de fond, des questions ô combien d’actualité autour de l’enrichissement personnel, du culte de la performance, du commerce du corps et de la jouissance à tout prix.
On navigue entre humour et cynisme, moquerie et cruauté, dérision et romantisme. Et cette guerre des sexes n’a rien d’un vain combat. Il nous rappelle avec force que, non, Nora n’est pas une héroïne des temps perdus.
Mise en scène Thibaut Wenger
Avec Berdine Nusselder, Emilie Maréchal, Mathieu Besnard, Fabien Magry, Jean-François Wolff, Joséphine de Weck
Scénographie Didier Payen
Lumières Matthieu Ferry 
Costumes Claire Schirck
Sons Geoffrey Sorgius
Accessoires Nina Blanc
Coordination Virginie Mopin
Diffusion Marie-Sophie Zayas
Production Premiers actes 
Coproduction Théâtre National/Bruxelles et La Coupole à St-Louis
Avec le soutien de la COCOF et du Ministère de la culture / DRAC Alsace
DATES PASSÉES
10/02/17 - 20h30
Théâtre de La Coupole - Saint-Louis
23/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
22/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
21/12/16 - 19h30
Théâtre National - Bruxelles
20/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
18/12/16 - 15h00
Théâtre National - Bruxelles
17/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
16/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
15/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
14/12/16 - 19h30
Théâtre National - Bruxelles
13/12/16 - 20h30
Théâtre National - Bruxelles
Plus d’un siècle après son écriture, la figure de Nora m’interpelle - le parfum de prostitution généralisée qu’elle diffuse, ses rêves d’ascension sociale et plus encore sa peur de l’exclusion.
Cette peur hante aujourd’hui l’Europe, sous-tend et justifie l’extraordinaire violence des rapports, le repli comme mécanisme de survie. La chute guette, elle rôde autour de nous comme rôde la figure de l’escroc ruiné Krogstad.
Maison de poupée est me semble-t-il une bonne pièce pour parler de la violence, du cynisme d’une société de la performance et de la compétitivité qui n’a plus grand chose à voir avec l’humain. Sur la place qu’y prend l’argent, l’économie, contaminant toutes les relations jusque dans les sphères intimes.
Jeune épouse, Nora a falsifié une signature pour emprunter de l’argent pour un voyage qui devait sauver la vie de son mari. Elle escompte, au cas où le crime serait découvert, qu’il se sacrifie pour elle. Quand il la déçoit dans cette attente, elle le quitte.
Au moment de sa publication, la pièce a soulevé la controverse : c’est un pamphlet, un brûlot d’une violence terrible sur l’obscénité des chimères bourgeoises, sur les rôles traditionnels de l’homme et de la femme dans le mariage, premier accord marchand de la société capitaliste.
Ibsen pose, non sans humour, un regard pervers et moqueur, d’une clairvoyance cruelle, sur l’aveuglement, l’incompréhension, le mensonge vital.
Chaque être humain, pour pouvoir vivre, doit pouvoir se mentir à soi-même. «Ma vie, c'était une suite de pirouettes que je faisais pour te plaire», dira Nora à Torvald Helmer, son mari, dans l’explication finale, où ils se parlent « pour la première fois depuis huit ans ».
Si la pièce nous parvient encore aujourd’hui, plus encore que l’analyse impitoyable des rapports entre les sexes qui n’ont fondamentalement pas vraiment changés, c’est peut-être parce qu’elle montre une société privée d’idéaux, de croyances, qui ne génère plus qu’un système de conservation d’elle-même.

Dans ce monde où on ne parle que d’argent, d’ambition sociale, d’enrichissement – un monde où il n’y a pas d’autre dieu, pas d’autre salut, pas d’autre valeur, ce qui reste aux personnages c’est d’exister avec une haute image de soi.
Ce sont les images de soi et les images qu’on projette dans l’autre, les images de son propre héroïsme qui s’écroulent pour Nora quand Torvald tombe de son piédestal. Ce qui dépasse la problématique féministe, c’est peut-être cet effondrement d’une vie fondée sur le mensonge.
Nora ou la révolte d’une femme

Critique > Guy Duplat, La Libre
Publié le mercredi 14 décembre 2016

"Une maison de poupée" d’Ibsen, dans la mise en scène de Thibaut Wenger au National, reste une formidable pièce féministe.

On dit que c’est influencé par sa femme et par les écrits du philosophe anglais John Stuart Mill qu’Ibsen écrivit en 1879, il y a 137 ans (!), « Une maison de poupée ». Formidable pièce, sommet absolu du théâtre psychologique, sans cesse jouée et qui garde encore toute sa force subversive comme le démontre au Théâtre national la création de Thibaut Wenger.

Bien sûr, il est audacieux de s’y attaquer après l’inoubliable « Nora (Maison de poupée) » de Thomas Ostermeier présenté à Avignon en 2004 avec la merveilleuse Anne Tismer dans le rôle principal. Mais Thibaut Wenger a bien fait d’affronter ce monument et sa création n’a pas à rougir face à celle d’Ostermeier.


On connaît l’argument. Nora, épouse d’un banquier, mère de deux enfants, est confinée par son mari et par la société dans un rôle de « poupée Barbie », un peu sotte, juste préoccupée par « faire ses courses ». Par amour pour son mari, elle commet alors secrètement un faux pour trouver l’argent nécessaire pour le sauver quand il était très malade. Quand celui-ci, plus tard, le découvrira, sa colère éclate, égoïste. Il craint pour sa réputation. Nora brusquement est frappée par la révélation comme Paul sur le chemin de Damas. Elle n’a été qu’un jouet pour son mari et n’existe pas. «Ma vie, c'était une suite de pirouettes que je faisais pour te plaire», lui lance-t-elle.

«Voilà huit ans que nous sommes mariés et c'est la première fois que nous allons parler sérieusement.» - Nora

L’affaire a beau se régler par miracle, c’est trop tard, Nora a compris qu’elle ne pourra devenir elle-même qu’en quittant ce foyer aliénant où elle n’est qu’un pantin et elle abandonne mari et enfants. Chez Ostermeier, elle tuait son mari.

Un scandale

A l’époque d’Ibsen, la pièce fit scandale. Sur certaines portes d’Oslo, un panneau disait « Ici on ne parle pas de Nora » pour éviter des débats sanglants. La pièce fut longtemps interdite dans les pays protestants, à cause du « crime » d’une mère abandonnant ses enfants.

Le miracle est que, jouée encore aujourd’hui, la pièce nous parle tant, évoquant la servitude de l’argent (le banquier, les courses), la peur de la chute, le machisme ordinaire dans le huis clos des couples, l’émancipation des femmes sans cesse freinée par les contingences domestiques.


Thibaut Wenger (qui signait naguère aux Martyrs un captivant "Combat de nègre et de chiens" de Koltès) en donne une version classique mais contemporaine, au plus près des spectateurs, avec juste une touche farfelue chez la bonne. Avec de bons acteurs, il réussit à donner à ce drame de 2h15 une tension croissante et constante, presque oppressante. Tout le défi de monter cet Ibsen est de créer ce climat.

L’autre enjeu essentiel tient au rôle de Nora. Le metteur en scène a choisi Berdine Nusselder, d’origine hollandaise, blonde, jeune, qui, avec son accent, rappelle inévitablement Anne Tismer. Redoutable comparaison, mais elle y résiste bien. Si au départ, son jeu de « Poupée » hystérique semble excessif, elle acquiert peu à peu cette profondeur, cette tension interne. Et on partage entièrement sa révolte dans un final aussi dramatique que bouleversant.
SYNOPSIS
CRÉDITS
DATES
+
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68140 Munster
+33 (0) 682 11 22 87

ASBL Premiers actes
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1030 Bruxelles
+32 (0) 488 228 929

thibaut@premiers-actes.eu


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